Les nappes brumeuses s’élèvent sur la tiédeur polluante des routes. Fraîches, moites, elles trompent la rosée qui embaume, elles crèvent le vraisemblable, surprenantes, surprises au jour obscur. Le rêve roule ; la petite goutte effleure l’air et le regard, par hasard, la goutte qui tapote la route. Puis tragique, doux voile du paysage, elle est duveteuse ; le brouillard déploie ses plumes aquatiques un léger matin. La terre a la tête dans le nuage. Tel une auréole sombre, il encadre le paysage sous les lueurs faibles de l’aurore, dessine, esquisse, efface les formes mouvantes pleines de vie et de mécanique. Alors, enveloppant les regards qui le transpercent encore, ses gouttes dansantes échappent à la conscience, forment une couverture duveteuse inchangée, constante ; ses gouttes dansantes en évaporation, invisibles. Riantes, elles relèvent leurs lèvres, s’élèvent là-haut, apprivoisées par l’astre émergeant, par les rayons dansants.