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Elle ouvrit une feuille vierge. Blanche et immaculée, la page gisait sur le bureau, ouverte, éventrée. Elle n'avait pas fait ça depuis un long moment, quelques mois, un an peut-être.

Avant, elle écrivait souvent. La nuit. Parfois, elle regardait la lune, comme pour fixer son humeur et son sujet. L'obscurité lui parlait. Les mots glissaient. Surgissaient des métaphores filées, mystères incompréhensibles pour les non initiés, dans les cris délirants de compositions musicales. Nine Inch Nails gagnait souvent. Elle se concentrait alors. Elle était ses idées et ses images. Elle tapait, tapait du bout de ses doigts.

Elle avait écrit son paragraphe, elle le chuchotait. A chaque lecture, elle accentuait les consonnes. Les consonnes, le rythme de ses mots. Des sons durs, des sons doux. Les consonnes doubles prononcées traînaient parfois, rajoutaient un temps, battaient la mesure. Elle aimait accélérer, ralentir cette cadence, tantôt pour emmêler les mots, tantôt pour les révéler. Les mots. Les mots sont. L'émotion.

Un son la contrariait. Il manquait de dureté, il manquait de douceur. Le rythme était trop lent, la cadence peu cadencée, le rythme était cassé. Il fallait le réparer. Elle relisait encore, puis encore. Réfléchissait. Cherchait le mot juste. Imageait. Retraçait les contours du texte. Arrangeait la mélodie. La lutte pouvait durer plusieurs heures.

Dernière relecture. Si le texte sonnait, si la métaphore était trouble, la lecture visuelle, c'était ça. Elle y était. Elle le relisait. Epuisée, tombante de fatigue, elle contemplait le travail accompli. Le lendemain, la satisfaction aurait déjà disparu.

Elle regardait sa page. Vide. Rien ne venait. Rien ne venait plus. Elle avait cessé de sentir. De ressentir. Les images avaient disparu.