Ce matin est frais. Après une heure trente de peinture, au sens littéral et le plus pragmatique qui soit, j'ouvre cette page et constate que je n'ai rien produit ici depuis dix mois. Dix mois, tellement plus et tellement moins à la fois.
Je viens de laver les pinceaux. Ils en avaient bien besoin, dans ce non-atelier de fortune où traînent l'acrilyque, l'huile, le gesso et toute une tripotée d'autres pinceaux de basse qualité. Où j'aurais pu saloper des meubles de bas étage et de premier prix, achetés chez Conforama, mais qui suffisent bien pour ce que je suis là ici et maintenant.
La raison de tout ceci n'apparaît toujours pas clairement. Toujours clairement pas, même.
Ce matin, la peinture s'étale encore et se déverse. Il faut tendre cette vieille toile perdue qui accepte de faire peau -presque- neuve. Et peut-être refaire encore cette forme qui pose problème après plusieurs reprises (et des lacunes techniques évidentes, qui n'entament rien d'un enthousiasme plus si frais, lui).
C'est peut-être l'expression d'un instinct primitif -sait-on jamais- qui nous pousse à produire ces choses concrêtes, utiles ou pas, et donner un peu plus de sens à nos mains -et à notre existence, diraient certain(e)s?- sans forcément savoir où on va. Il n'en est peut-être rien non plus. Peut-être le besoin de trouver de l'enthousiasme dans l'abstraction et de lui donner forme, quelques fois, et d'y trouver un peu de plaisir sans jamais se satisfaire du résultat. Comme pour l'écriture, probablement.
Les pinceaux sèchent. Jamais assez vite. Un café me fera patienter.
Il faut que j'essaie ces nouvelles associations auxquelles je n'avais pas encore pensées. Ces nouvelles formes et ce volume que je n'ai pas encore -assez?- pratiqués. J'hésite à débarbouiller le dernier fait de ses traits parasites qui m'agressent parfois l'oeil et me donnent une sensation évidente d'inabouti. J'ai peut-être perdu le fil en route, mais j'aimerais ne pas me perdre dans le labyrinthe et trouver la sortie, au moins cette fois.