L'acrylique, ça a été le point de départ. Pratique, a priori plus abordable. Moins chère aussi, et suffisante pour une débutante inexpérimentée.

J'avais une image en tête, qu'un jour j'avais commencé à dessiner. Je n'ai jamais terminé ce dessin. J'étais prise dans d'autres choses, alors je l'ai laissé de côté. C'était une chûte d'eau. On pouvait y deviner un peu plus. Je l'imaginais claquante en bas, mais avec des courbes douces tout en haut. Si je devais la dessiner à nouveau, je crois que j'accentuerais la vitesse de chûte, visuellement. Les éclaboussures. Le jaillissement d'une force. A l'époque, je m'étais concentrée sur des formes souples du dessin. Les autres détails m'intéressaient moins; je les voyais, mais j'ai laissé la feuille vierge dans les zones que mon imaginaire occupait déjà, et que mon -modeste-coup de crayon n'égalerait pas.

Quatre années et quelques épreuves plus tard, il est apparu à nouveau, un peu sans raison. Etonnamment il m'était resté en tête tout ce temps, et rien ne l'avait vraiment altéré. Encore aujourd'hui, je vois ces innombrables détails qui s'étaient esquissés seuls, comme par un heureux hasard. Je ne pouvais toujours pas les dessiner sans prendre le risque de gâcher la base. Il me restait quelque part de minuscules toiles. J'en avais utilisé quelques unes pour des travaux plutôt manuels qu'artistiques. Je ne me souviens plus si j'ai décidé alors d'en acheter une petit format, 20x20, ou si j'en avais une sous la main. Mais c'est bien à ce moment là que j'ai acheté de la peinture acrylique - chose étrange puisque je ne m'étais que rarement sentie à l'aise avec la gouache pendant mon enfance. La peinture, avant ça, c'était ingommable, irréversible à la moindre erreur, sur des feuilles blanches A4 75g/m² qui gondolaient immanquablement. Une de mes entreprises dans ce domaine avait à peu prêt abouti, une fois. Je devais avoir une dizaine d'années, pas tellement plus. J'avais un modèle de Speedy Gonzales sous les yeux. Les traits m'avaient paru suffisamment abordables pour que je m'y essaie. J'avais rafistolé une erreur en recollant un morceau de papier par dessus, et j'avais arrangé la partie qui m'avait posé problème malgré le croquis réalisé au préalable. Ce jour-là, j'avais été fière du résultat, et je l'avais offert à mon petit frère pour son anniversaire.

J'ai donc acheté de l'acrylique. Dans des couleurs qui n'étaient pas celles que j'avais eu en tête jusque là, mais j'avais une association en tête que je travaille encore aujourd'hui, que je cherche encore à obtenir et dont je ne me déferai peut-être jamais. J'ai acheté les couleurs primaires, ainsi que du blanc et du noir. Sans aucune nuance ni nom spécifique, le kit du débutant qui sait que du rouge mélangé à du bleu donne du violet, le bleu au jaune du vert, et le jaune au rouge du orange. Et attention au dosage pour que le ton ne fluctue pas trop si le mélange doit être refait. Lors de cet achat, j'avais aussi été séduite par une peinture à effet cuivre. Elle ne jurait pas comme une peinture effet or qui m'aurait écoeurée par excès de jaune. Il fallait que ça scintille. Un peu comme dans ces RPG où le personnage principal parcourait une grotte ou une forêt de nuit, sans rien d'autre que des plantes luisantes dans l'obscurité, qui diffusaient un halo coloré autour d'elles et guidaient le joueur vers des points d'intérêt, des objets ou des ressources particulières. Du bleu noirci pour l'obscurité. Du rouge et du cuivre pour les scintillements.

J'ai d'abord reproduit mes lignes au crayon, sur la toile que je n'ai pas plus préparée que ce qu'elle était déjà. Puis j'ai peint par zone, avec comme seule source de lumière une petite lampe de bureau. Le lendemain, à la lumière du jour, ce fut une déception, que par ailleurs j'ai plutôt bien vécue. Ce qui m'avait paru bleu obscur sous la lampe était en fait teint de marronnasse, et on voyait encore la toile blanche en transparence, parce qu'il n'y avait pas encore assez de matière. Alors je l'ai laissée là quelques jours. Puis plus tard, je l'ai repris. J'ai réussi à trouver la base de ce bleu obscur que je voulais, qui est encore parmi mes préoccupations dans ce domaine et que j'essaie d'affiner constamment. A cette période, je suis allée une semaine en Bretagne. J'y avais emporté la toile et les couleurs. C'est là-bas que je l'ai terminée. Une toile coton bas de gamme 20x20 que j'ai probablement mis une dizaine d'heures à couvrir à peu prêt convenablement, de sorte que le résultat me satisfasse. Le cuivre n'était pas un mauvais choix, j'avais même ajouté un coucher de soleil grâce à lui; le rouge réchauffait un peu l'ensemble, et le pinceau éventail m'avait été extrêmement utile.

Démarrait alors une série d'expériences plastiques.

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